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ASSOCIATION  LACANIENNE  INTERNATIONALE

 ALI  Aix-Salon de Provence
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L’enseignement de la Psychanalyse est d’une approche pour le moins complexe et fuyante. Sans doute y a-t-il  à cela, de multiples raisons dont nous ne débattrons pas ici, mais il y en a une qui retient cependant notre attention  - elle se révèle être en même temps une des difficultés majeures à enseigner  - c’est que cet enseignement concerne le réel, un réel  qui plus est en pleine mutation aujourd’hui. Le réel est le lieu d’où s’origine le savoir inconscient qui organise notre jouissance, savoir dont le vrai est qu'il est organisé par un ratage et tente de pallier le défaut du rapport sexuel réglant ainsi notre dysharmonie avec le monde tandis que la vérité, elle, s’isole comme ce qui vient marquer l’irréductibilité du manque dans l’Autre.  Le savoir inconscient est supporté par la faille, la coupure que représente le sujet (entre S1 et S2) et est organisé par l’objet a, objet cause du désir. C’est une écriture constituée de lettres qui vont s‘assembler de façon particulière pour chacun de nous en phonèmes, signifiants, voire en phrase et qui ne se révèlent que dans les formations de l’inconscient et les symptômes, laissant ainsi apparaître la dimension de la vérité du sujet.

 

L’enseignement de la psychanalyse s’inscrit donc dans un tout autre registre que l’enseignement au sens traditionnel du terme et  se pose en des termes qui lui sont tellement singuliers tant au regard du savoir en jeu que de la fonction de celui qui est mis en position d’enseigner que le terme même d’enseignement peut nous paraître quelque peu impropre ou tout du moins prêter à confusion.

 

Le savoir dont il est, pour nous, question  se distingue du savoir au sens commun qui, lui, se sait. Le savoir commun est, en effet, un savoir su et qui, se sachant, passe en général pour être nécessairement vrai. C’est le savoir des connaissances transmises par un discours qui, subjectivement, ne porte pas à conséquence. C’est un savoir qui peut se transmettre, s’acquérir, s‘accumuler. C’est un savoir qui s’acquiert par l’apprentissage,  la recherche, l’étude etc. et nous savons qu’avec internet, l’accès à la capitalisation de ce type de savoirs ou de connaissances est sans limite.

 

Le savoir à l’œuvre dans la psychanalyse est d’un tout autre ordre puisqu’il relève de l’inconscient. C’est un savoir qui n’est transmis par rien, ni par personne, il se constitue, s’acquiert et se conquiert avec et par le langage. Il résiste à toute forme d’éducation. On ne le commande pas. C’est lui qui nous commande. En S2, il n’y a, en effet,  pas de limite au pouvoir du signifiant (aucune castration n’est en jeu), ce qui le rend plus fort que le S1 dont se soutient le discours du maître. C’est un savoir insu, un savoir qui ne se sait pas mais qui peut se savoir, un savoir qui va en quelque sorte se prêter au fil de notre discours, de nos cogitations, de nos interrogations et surtout de nos trébuchements et  de nos points de butée… à son dévoilement. Le terme d’insu, apporte à l’idée de savoir, non pas une négation mais la dimension d’un manque. C’est un su mais Ailleurs. Le terme d’insu est utilisé au titre d’un qualificatif et non d’un substantif car si ce savoir est insu, il va néanmoins, au fil de son dévoilement, passer dans le registre du su. Entre ce savoir-insu et sa révélation, il n’y a pas d’apprentissage, il y a découverte, trouvaille d’un savoir antérieur qui, subjectivement, lui, tire à conséquence. Lorsque ce savoir-insu se sait, il n’y a pas accumulation de savoirs mais il s’opère une modification de ce qui était avant. Autrement dit, il n’y a pas de cumul mais remplacement de ce qu’on croyait savoir au profit d’une évidence nouvelle qu’on croyait ignorer. Il y a donc perte. Le travail de la cure soutenu par le transfert vient parfaitement rendre compte de ce mouvement du savoir au travail animé par la saisie impossible de l’objet a  qui se révélera, au final, n’être que la tentative de répondre au trou qui, lui, est de structure.

 

Freud illustre fort bien le rapport adéquat au savoir inconscient : c’est parce qu’il a su se laisser enseigner par ses patientes qu’il a pu découvrir la psychanalyse. Quand il se met à écouter et à entendre les hystériques, il ne sait pourtant pas où ça va le mener, il ne peut pas prévoir quelles en seront les conséquences. La relation de cause à effet n’est pas directe : la réussite dépend d’autre chose de non appris, de non mesurable, de non transmissible.

 

Bien que sa position ait été quelque peu différente de celle de Freud, Lacan n’en illustre pas moins un rapport au savoir inconscient, lui aussi, des plus fructueux. Son retour à Freud est le témoignage de ce qu’il ait su se laisser enseigner par Freud en nous montrant ce qu’il y avait de tranchant dans la position de Freud, dans ce qu’il avait découvert, dans l’incidence qu’il avait eu d’introduire quelque chose de complètement nouveau, tout en mettant et remettant constamment sur le métier ce qui faisait l’objet de vives interrogations ou se révélait problématique dans l’enseignement de Freud. De ce fait,  Lacan pouvait se réclamer, en toute légitimité, d’être freudien d’autant qu’au cours de ses élaborations, il n’a jamais perdu de vue la clinique dont il disait qu’elle était le réel en tant qu’il est l’impossible à supporter et s’efforçait, comme il a souvent eu l’occasion de le souligner, de ne dire que des choses qui collaient avec son expérience d’analyste. La clinique, notre expérience personnelle était, selon lui, non seulement la  seule rampe à tenir pour que les analystes ne  débordent pas de leur fonction mais en 73, s’appuyant sur l’aphorisme d’un de ses amis : « Soyons fortement contemporains », il insistait pour que ses élèves suivent cet aphorisme en ajoutant : soyez d’autant plus fortement contemporains que vous n’avez pas d’autre recours. Tous ses séminaires rendent parfaitement compte du cheminement de sa pensée, de l’évolution de ses avancées, cheminement  parsemé d’embûches, de déceptions, de découragements parfois, cheminement plein de tâtonnements et de trébuchements et viennent témoigner au mieux de son rapport au savoir dont nous avons nous-mêmes à tirer un enseignement certain. C’est en se rompant à l’exercice de cette lecture de Freud, en mettant correctement en place le réel de son enseignement, que Lacan a pu poursuivre le travail de son prédécesseur dans un au-delà dont nous ne mesurons sans doute pas l’ampleur même si, tout au long de ses découvertes mises à l’épreuve, il nous a donné les outils complexes mais nécessaires à l’exploration des voies qu’il nous a ainsi ouvertes, soulignant toutefois que ses mathèmes ne pouvaient être valables et efficaces qu’accompagnés de paroles, d’un dire.

 

Quel peut être notre rapport au savoir aujourd’hui ? Nous disposons d’un savoir constitué, celui des Maîtres qui nous ont enseignés, mais le savoir inconscient n’en est pas moins sollicité chez chacun. L’enseignement de Lacan est incontestablement fait pour nous déprendre du sens et lui-même ne manquait pas de mettre en garde ses élèves du risque qu’il y avait à se précipiter de comprendre trop vite tout comme il ne manquait pas de solliciter ces mêmes élèves à se servir des outils qu’il leur donnait pour tenter d’être moins serfs des effets du langage dans lequel nous sommes tous pris. C’est dire que ces textes dont nous disposons se donnent d’abord à entendre et nous invitent  à les servir au mieux tant dans le choix des interprétations que nous pouvons en faire que dans le repérage de ce qui, pour leurs auteurs, faisait problème et, pour nous, peut faire symptôme.

 

Si le véritable enseignement psychanalytique est celui qui s’opère dans une cure et le seul à assurer la formation de ceux qui seront destinés à devenir analyste, l’enseignement proposé au sein d’une Ecole ne vient qu’en complément de cette  formation. Son but n’est effectivement pas de former des analystes mais de donner à des analystes,  les instruments nécessaires susceptibles de les orienter au mieux dans leur fonction. Pour qu’il y ait enseignement, pour qu’un savoir au sens psychanalytique du terme puisse circuler et se transmettre, encore faut-il qu’il y ait de l’enseignant, c'est-à-dire que celui qui est mis en position d’enseigner, soutenu par son désir de travailler, soit à une juste place en acceptant de se laisser pénétrer, écorner, entamer, traverser, dé-placer ... par des textes en position Autre, par un discours hors de toute prise dans le discours du maître ou le discours universitaire. En 70, en soulignant qu’il n’y a que des verbes intransitifs, Lacan interpellait son auditoire sur cette étrange sort réservé au participe présent d’avoir son répondant dans le participe passé  comme dans enseignant-enseigné par exemple, comme si, dans ce type de proposition, le premier était actif et le second passif et c’est précisément ce qu’il conteste dans l’enseignement de la psychanalyse soutenant qu’il n’y a de possibilités d’enseigner quelque chose et notamment la psychanalyse que si l’enseignant se met lui-même en position d’enseigné, c'est-à-dire en position d’analysant ou, pour le dire autrement, en position de celui qui interroge, qui questionne le grand Autre. C’est bien à cette place d’Autre que Lacan mettait l’auditoire auquel il s’adressait et on peut penser que d’être ainsi mis en position d’écoute et, pour peu qu’il y consente, l’auditoire peut se révéler plus réceptif à ce qui peut se dire et donc plus à même de renvoyer à l’enseignant, ce savoir qui, dans ce qu’il avance, peut lui échapper. C’est la position que Lacan a toujours tenue, tout comme ce fut à l’évidence celle adoptée par Freud, comme en témoigne l’articulation repérable de l’évolution de sa théorie avec le travail de sa propre cure.

 

 

M. Combet

 

 

L’ENSEIGNEMENT

 

L’enseignement de la psychanalyse s’opère également et peut-être même surtout dans une "mise au travail" au sein d’un cartel sur un thème donné ou la lecture d’un texte fondamental.

Alors qu’est-ce qu’un Cartel ?

À l’origine, ce mode de mise au travail, fortement investi par Lacan, était au principe même de l’Acte de Fondation de son Ecole dont le fonctionnement devait d’ailleurs entièrement reposer sur celui des cartels constitués. Ce qui fait la spécificité du cartel est la mise au travail qui anime ceux qui s’y engagent. Mise au travail sur un thème donné ou la lecture d’un texte fondamental...

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A propos du Site Internet

La psychanalyse se doit de prendre place dans la Cité et, comme le rappelait Lacan, les psychanalystes se doivent d’être contemporains mais ne nous y trompons pas, ce site internet a essentiellement pour but d’informer toute personne intéressée par la psychanalyse sur les enseignements que nous proposons et se révéler, pour nous, un outil de travail...      Lire la suite

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